Jérôme Bressot, 44 ans, pilote le tournoi de la Fête des Pères du FC Saint-Étienne depuis treize éditions. À ses côtés, Mattia Carrassi, responsable de l’école de foot, l’accompagne depuis deux ans dans l’organisation de cet événement incontournable de la fin de saison. Ensemble, ils nous ouvrent les portes des coulisses d’un tournoi qui se prépare près de six mois à l’avance.
Pouvez-vous vous présenter et expliquer votre rôle au sein du club ?
Jérôme Bressot — J’ai 44 ans et je suis arrivé au club à 15 ans, comme joueur. J’ai joué jusqu’à 35-36 ans, et à la même période, j’ai intégré le conseil d’administration. Mon rôle principal, c’est l’organisation du tournoi de fin de saison, le tournoi de la Fête des Pères.
Mattia Carrassi — Moi, je suis là depuis 2018, donc huit ans. J’ai d’abord été bénévole pendant six ans, éducateur sur toutes les catégories, des plus petits aux plus grands. Depuis deux ans, je suis salarié, responsable de l’école de foot, c’est-à-dire jusqu’aux U13, et en parallèle j’entraîne les U17-U18. J’aide aussi Jérôme sur le tournoi, surtout pour la communication, parce que j’ai beaucoup de contacts d’entraîneurs, et je suis présent à ses côtés le jour J.
Depuis combien de temps organisez-vous ce tournoi, et comment êtes-vous arrivé à ce poste ?
Jérôme Bressot — C’est la treizième année que j’organise le tournoi de la Fête des Pères, mais douze éditions ont réellement eu lieu : une année, on a dû annuler à la dernière minute à cause d’une canicule, sur arrêté préfectoral — c’était dangereux pour les enfants. Quant au poste, quand je suis entré au bureau, il existait plusieurs commissions pour faire tourner le club. L’organisation des tournois me plaisait, alors je me suis proposé. C’est venu comme ça.
Quand commencez-vous réellement à préparer le tournoi ?
Jérôme Bressot — Très tôt. Le premier point fixe, c’est la date : la Fête des Pères. Ensuite, il faut réserver les terrains et le matériel auprès de la ville, via la plateforme Planyweb, idéalement avant le 31 décembre. Et on lance les invitations de plus en plus tôt, parce que beaucoup de clubs organisent leur tournoi à la même période : si on s’y prend trop tard, les équipes sont déjà engagées ailleurs. Il y a aussi un dossier à déposer trois semaines avant pour déclarer le débit de boissons temporaire — intitulé de la manifestation, nombre de participants, de spectateurs, type de restauration. Côté équipes, l’inscription passe par un formulaire et un chèque de caution de 50 € par équipe.
Une inscription en février suffit-elle à garantir la venue d’une équipe ?
Mattia Carrassi — Non, justement. Entre février et juin, il peut se passer beaucoup de choses : des blessés, des effectifs incomplets. On recontacte donc toutes les équipes à l’approche du tournoi pour confirmer leur participation et le nombre d’équipes engagées.
Qu’est-ce que les gens ne voient pas du travail de préparation ?
Jérôme Bressot — Les entraîneurs qui organisent eux-mêmes des tournois savent très bien ce que ça représente. Mais les familles, par exemple, n’imaginent pas tout le travail qu’il y a derrière. Et ce sont parfois ceux qui n’en ont pas conscience qui se permettent des réflexions. Un tournoi, ça mobilise énormément de bénévoles — en réalité, tout le club.
Si vous deviez classer les étapes, de la plus simple à la plus compliquée ?
Jérôme Bressot — La trame du tournoi, on la connaît : pas besoin de la refaire chaque année, c’est la partie simple. Le plus compliqué, c’est la période de deux à trois semaines avant l’évènement : relancer toutes les équipes, gérer la logistique de la buvette et de la restauration, faire les achats, récupérer et installer le matériel. Cette année, on a aussi tenté d’ouvrir le tournoi à des équipes venues de plus loin. Ça a été difficile — on reste pour l’instant très régional — mais c’est un travail qui resservira.
Vous travaillez seul ou en équipe ?
Jérôme Bressot — En équipe. Pour les invitations, on s’appuie sur les coachs du club et sur leurs contacts. C’est un sujet qu’on aborde chaque mois en réunion de bureau.
Mattia Carrassi — De mon côté, je centralise une bonne partie des contacts. Comme la recherche de nouvelles équipes, grâce à mon réseau d’éducateurs.
Y a-t-il une partie de la préparation que vous aimez, et une autre que vous détestez ?
Jérôme Bressot — Ce que je n’aime pas, c’est devoir relancer tout le monde et attendre les réponses. On a tout prévu, mais les confirmations tardent : c’est un vrai suspense, c’est un peu pénible. À l’inverse, ce que je préfère, c’est le week-end lui-même, quand tout roule, que les enfants s’éclatent et qu’on est tous ensemble. La préparation, ce n’est pas ce que je préfère.
Racontez-nous votre journée de tournoi, du matin au soir.
Jérôme Bressot — On arrive très tôt pour tout installer : table de marque, sonorisation, marquage des terrains, montage des cages. Pour les plus jeunes, un grand terrain est divisé en quatre. En parallèle, c’est une grosse organisation côté buvette, avec les branchements, les raccords, les friteuses. Ensuite, on accueille les équipes une demi-heure avant leur premier match. Tant qu’on n’a pas toutes les équipes et tous les arbitres, c’est assez stressant : tout l’enjeu, c’est de réussir à lancer le tournoi. Une fois les deux ou trois premières rotations passées à l’heure, vers 10 heures, on souffle. Le premier match démarre à 9h15 ; chaque match dure douze minutes, avec trois minutes de rotation. La remise des récompenses, elle, a lieu vers 17 h – 17 h 30.
La remise des récompenses, c’est un moment particulier ?
Jérôme Bressot — Oui, parce qu’avec la fatigue et les déceptions sportives, certaines équipes voudraient partir avant. On fait en sorte que tout le monde reste jusqu’au bout, pour voir la finale et partager un moment de convivialité.
Mattia Carrassi — C’est aussi une question d’image : je tiens à ce que mes éducateurs restent jusqu’à la dernière médaille quand on se déplace ailleurs. Quand ces clubs viennent ensuite chez nous, ils en font autant. C’est donnant-donnant.
Quels sont les imprévus les plus fréquents, et comment les gérez-vous ?
Jérôme Bressot — Les désistements de dernière minute, les retards et la météo, surtout. Pour les désistements, l’application Tournify nous permet de tout réorganiser jusqu’au dernier moment.
Mattia Carrassi — Et avec mes contacts, on arrive souvent à inscrire une équipe de remplacement. Si une équipe manque vraiment, on fait jouer une équipe d’arbitres ou de gardiens du même âge, pour que les enfants d’en face jouent quand même. On finit presque toujours par trouver une solution.
Et quand la météo s’en mêle ?
Jérôme Bressot — Un orage, ça ne se gère pas, ça se subit. L’année dernière, le samedi des plus jeunes, on a pris la pluie en plein milieu de matinée : on a dû arrêter le tournoi et mettre tout le monde à l’abri dans les vestiaires. Quand le temps se gâte, on adapte : journée plus courte, horaires décalés. Le plus important, c’est de bien se coordonner et de parler d’une seule voix. Si l’un dit qu’on reprend dans dix minutes et l’autre qu’on arrête, on ne rattrape plus rien.
Un tournoi vous a-t-il particulièrement marqué ?
Jérôme Bressot — 2019, pour la grêle : on avait pris de gros grêlons, avec un peu de casse sur le matériel. Mais en bien, ce qui me marque le plus, ce n’est pas le résultat sportif, même si quand le FC gagne, c’est toujours agréable — l’an dernier, on a d’ailleurs bien performé. C’est surtout la convivialité, le sourire des gamins, le rapprochement avec les coachs adverses. C’est aussi l’un des derniers tournois de la saison : il permet de finir l’année sur un bon point.
Mattia Carrassi — Et tout est lié. Ça fait huit ans que je suis au club, je n’ai pas bougé, et je croise régulièrement des coachs que j’ai connus ailleurs. Ils gardent en tête l’image qu’on leur a laissée, et ils en parlent. Une bonne organisation rejaillit sur l’image du club bien au-delà de nos terrains.
Qu’est-ce qui change entre les tournois de jeunes et ceux de seniors ?
Jérôme Bressot — Il y a de moins en moins de tournois seniors. À onze, il faut des matchs plus longs et beaucoup plus de terrains, et les mentalités sont plus tendues : à partir de 14 ans, ça peut parfois mal tourner. C’est aussi moins rentable : les plus jeunes viennent avec leurs parents, qui consomment, alors qu’à 15-16 ans ils arrivent seuls avec leurs crampons. Cela dit, avec notre complexe, on pourrait imaginer un jour un grand tournoi à onze, plus ambitieux, qui attirerait du public — mais ça demande une tout autre organisation.
Le tournoi de la Fête des Pères, c’est quelles catégories ?
Mattia Carrassi — De 6 à 13 ans. Le samedi, on accueille les U9 et les U13 ; le dimanche, les U7 et les U11. On vise jusqu’à 32 équipes par catégorie chez les plus jeunes, c’est le maximum qu’on puisse gérer.
Une fois le tournoi terminé, que reste-t-il à gérer ?
Jérôme Bressot — Beaucoup de rangement et de nettoyage — la partie la moins plaisante — et le matériel à rendre. On prend aussi des nouvelles des équipes pour s’assurer que tout le monde est bien rentré. Le débrief se fait à chaud, le dimanche soir, autour d’un verre, avant un bilan plus formel en réunion de fin de saison.
Comment mesurez-vous la réussite d’un tournoi ?
Jérôme Bressot — Plusieurs indicateurs : la recette, qu’on compte en fin de journée et qui a son importance, le respect des horaires, l’absence d’incident et le nombre d’équipes. On le ressent très vite, en fait. Et puis il y a les retours des équipes et celles qui reviennent chaque année.
Mattia Carrassi — Pour les retours, beaucoup passe par WhatsApp : je suis dans une cinquantaine de groupes d’équipes et de tournois, et les messages arrivent souvent dès le soir même. Nous, on ne crée pas de groupe pour notre propre tournoi : on envoie le planning Tournify une quinzaine de jours avant pour confirmation, et le reste repose sur la confiance.
Qu’aimeriez-vous améliorer ?
Jérôme Bressot — Le format plaît, donc on ne change pas grand-chose. Mais on aimerait ouvrir le tournoi à des équipes venues de plus loin, partout en France, développer les animations entre les matchs et repenser les récompenses, pour offrir aux enfants un souvenir plus durable qu’une médaille. Le vrai tournant, ces dernières années, ça a été l’arrivée des applications : avant, on gérait tout sur Excel ; aujourd’hui, c’est beaucoup plus simple.
Qu’est-ce qui vous motive à continuer, saison après saison ?
Jérôme Bressot — La convivialité, avant tout. On passe de bons moments ensemble et on fait vivre le club de la meilleure façon possible. Un tournoi, ce n’est pas que des équipes : c’est du sport, du social, de l’éducatif et du financier réunis autour d’une journée. C’est un tout, et l’essentiel, c’est que chacun y prenne du plaisir.
Un conseil à quelqu’un qui voudrait se lancer dans l’organisation ?
Jérôme Bressot — C’est une belle expérience, qui fait gagner en compétences et apprendre beaucoup de choses. Moi qui suis plutôt réservé, j’ai appris à prendre le micro : les premières années, c’était impensable. Il faut se lancer, être réactif et disponible, et donner de son temps pour les enfants : c’est gratifiant.
Mattia Carrassi — Je dirais qu’il faut l’aborder comme un métier d’évènementiel : ça demande des connaissances, des qualités et une certaine approche. Et ne jamais oublier que rien ne se fait seul — sur la journée, on mobilise une cinquantaine de bénévoles.
En une phrase, c’est quoi un tournoi réussi ?
Jérôme Bressot — Une journée où il y a eu plus de sourires que de déceptions, sans casse ni blessé et avec une recette satisfaisante ; un cadre plaisant et bienveillant qui laisse une bonne image du club.
Un rendez-vous reporté… pour mieux lancer la saison
Initialement prévu les 20 et 21 juin, le tournoi de la Fête des Pères a finalement dû être reporté au 19 septembre, en raison des fortes chaleurs et de l’épisode de canicule. Un report exceptionnel qui se transforme en opportunité pour le FC Saint-Étienne.
Ce report offrira également l’occasion d’expérimenter une nouvelle formule pour célébrer la rentrée du football au FC Saint-Étienne. Pour la première fois, le tournoi réunira plusieurs catégories, aussi bien masculines que féminines, avec l’objectif de faire de cette journée un véritable rendez-vous de rentrée, placé sous le signe de la convivialité, du partage et du football.


