« Nous sommes l’autre club » : rencontre avec les dirigeants du FC Saint-Étienne


Frédéric Ollagnon : Je suis président du FC Saint-Étienne depuis une quinzaine d’années. Le rôle principal d’un président, c’est de définir une vision pour le club et de mettre en place tout ce qui permet de concrétiser le projet.

Christian Fages : Je suis secrétaire et vice-président. J’ai aussi quelques fonctions annexes ; je m’occupe notamment des salariés du club. Je suis arrivé au FC Saint-Étienne en 1986, avec mes enfants. À l’époque, je venais d’arriver d’une autre région.

Christian Fages : Dans les années 1990, j’ai intégré une commission qui gérait tout ce qui était annexe au football, puis je suis devenu dirigeant. À l’époque, le club était en perdition. Je n’avais aucune base footballistique, alors je me suis formé et j’ai passé mes diplômes d’éducateur sur les conseils du district. J’ai aimé ce que je faisais, j’avais le contact avec les enfants. Je n’ai pas dit que j’avais sauvé le club, mais j’ai contribué à le moderniser.

Frédéric Ollagnon : Je suis arrivé il y a une vingtaine d’années avec mon fils Baptiste. Un jour, un dirigeant, Christian Fages, est venu me trouver lors d’un tournoi et m’a demandé comment je trouvais le club, ce qu’il faudrait pour le faire évoluer… Je lui ai dit qu’il fallait un projet. Il m’a proposé d’aider, j’ai accepté. Quelques années plus tard, lors de l’élection annuelle du conseil d’administration, le président de l’époque, Christian Liborio, a annoncé qu’il ne se représentait pas et qu’il n’y avait qu’une personne pour le remplacer : moi. Je n’étais même pas au courant. Et je me suis retrouvé président comme ça, depuis maintenant quinze ans.

Frédéric Ollagnon : C’est le deuxième club de l’agglomération stéphanoise, avec plus de 500 licenciés. Notre slogan, c’est « l’autre club », parce qu’on existe aux côtés de l’ASSE. Aujourd’hui, c’est vraiment un club phare de Saint-Étienne. C’est un club familial, qui a gardé ses valeurs d’accueil, de mixité et de formation. On développe plusieurs formes de football : une section féminine, le foot en marchant, les jeunes pousses et, bientôt, une section de foot adapté. C’est aussi un club très exigeant sur la formation des éducateurs : ils sont tous diplômés. On ne peut pas former si l’on n’est pas soi-même formé.

Christian Fages : C’est un club familial, mais pas seulement : c’est aussi un club ambitieux, avec de nombreux projets. On aime explorer de nouveaux terrains, comme l’accueil de publics issus de l’immigration ou le travail avec le handicap. Toutes ces dimensions nous intéressent, et nous avons toujours plein d’idées en réserve.

Christian Fages : On compte aujourd’hui à peu près 504 licenciés, toutes catégories confondues, des jeunes pousses aux seniors. À côté, nous avons aussi du bébé foot et du foot en marchant, qui ne rentrent pas dans le décompte officiel des licenciés, ce qui porte le total à plus de 514 pratiquants. Au niveau compétition, on engage 35 équipes dans les divers championnats du district.

Christian Fages : Le club est né en 1965, fondé par des étudiants du lycée Claude-Fauriel. Comme ils étaient mineurs, c’est le père de l’un d’eux, Gérard Fropier, qui a signé les statuts. À l’origine, il s’appelait le « Groupe Lycée Culture et Loisirs ». Ils jouaient en bleu, mais ils ont changé de couleur parce que tout le monde jouait en bleu. En 1967, il devient officiellement le Football Club de Saint-Étienne.

Frédéric Ollagnon : Une étape marquante, c’est la création très précoce d’une section féminine par Gérard Fropier — la première de la Loire. Ils avaient passé une annonce dans le journal et reçu plus de cent candidatures. Ils ont monté deux équipes, dont une qui est montée jusqu’en Ligue 2. Cette section a fini par être dissoute et, de ses cendres, est né le Racing Club Féminin, lui-même absorbé bien plus tard par l’ASSE pour constituer sa section féminine. On peut donc dire que le FC Saint-Étienne est indirectement à l’origine de l’ASSE féminine.

Christian Fages : Cette section féminine historique est la plus titrée du club. Elle a remporté six Coupes de la Loire et a même accédé à la Ligue 2, qui était à l’époque le plus haut niveau du football féminin. Notre nouvelle section féminine, recréée il y a une dizaine d’années, a elle aussi gagné une Coupe de la Loire et atteint la finale de la Coupe d’Auvergne-Rhône-Alpes. À cela s’ajoutent quelques belles distinctions. Le club a été élu meilleur club de la Loire durant son âge d’or, à une époque où toutes nos équipes jeunes évoluaient au plus haut niveau du département, dans la catégorie que l’on appelait « Élite ». Et, dans les années 2000, nous sommes devenus le premier club labellisé de la Loire par la Fédération française de football. Quand je suis allé chercher le trophée, tout le monde nous regardait : nous étions les seuls.

Christian Fages : À la fin des années 1990, nous étions tombés à 147 licenciés. Le football avait changé, les jeunes arrivaient avec d’autres attentes, et le club n’avait pas pris le virage qu’il fallait, en voulant rester un club familial. C’était resté du patronage. Il a fallu changer l’image du club, et cela a pris des années.

Frédéric Ollagnon : La progression est linéaire depuis quinze ans. Nous sommes passés de 147 à plus de 500 licenciés. Nous avons structuré le club, embauché le premier éducateur sportif diplômé et refait le logo avec un designer licencié au club. À une époque, j’allais acheter les tenues directement en Chine, ce qui nous a permis d’équiper complètement tous nos licenciés au prix où d’autres fournissaient uniquement short et chaussettes. Aujourd’hui, nous travaillons la marque Adidas avec notre partenaire Sport Avenue. Et puis, dans les années 2000, nous sommes devenus le premier club labellisé de la Loire.

Frédéric Ollagnon : Saint-Étienne a la chance d’avoir trois clubs qui portent le nom de la ville : l’ASSE, l’Olympique Saint-Étienne et nous. Nous nous considérons comme un club stéphanois à part entière. Avec l’ASSE, il n’y a pas vraiment de relations. Je trouve cela dommage. Avec les autres clubs de la région, nous sommes en compétition sportive, mais les rapports entre présidents sont bons. Nous avons aussi une excellente entente avec le district mais aussi avec le politique au niveau local.

Frédéric Ollagnon : Le projet FCSE 2030. L’ambition sportive, c’est que toutes nos équipes jouent au minimum au plus haut niveau du district de la Loire, et que les seniors évoluent en région. Pour cela, nous travaillons à la base : nous gardons nos jeunes et nous les faisons grandir ensemble, plutôt que de recruter à droite et à gauche. Le projet inclut aussi le développement du foot en marchant — une équipe des +50ans est à l’étude—, du foot féminin, la création d’une section de foot adapté et l’ouverture d’une classe aménagée sport-études.

Christian Fages : Notre local n’est pas au niveau du club. Nous ne pouvons pas accueillir toutes les équipes un week-end, surtout en hiver. Il sert à la fois de lieu d’accueil et de stockage du matériel ; nous ne pouvons donc même pas tenir une réunion avec les éducateurs sans être dérangés. Pour une ville comme Saint-Étienne, je trouve cela inadmissible.

Frédéric Ollagnon : Nous rêvons d’un local de 200 m² avec une salle de réunion, un espace de réception pour les équipes, une buvette, un espace de convivialité, un bureau, une buanderie et un local pour le matériel. Lors des dernières municipales, j’ai écrit à tous les candidats : j’ai eu deux réponses. Le nouveau maire, Régis Juanico, est venu sur place et a constaté la situation. Nous espérons que les choses vont bouger.

Christian Fages : Nous avons 58 bénévoles : 37 dirigeants, 7 dirigeantes et 14 éducateurs diplômés. Nous recherchons tout type de profils : des dirigeants pour accompagner les équipes, des volontaires pour la buvette et le club-house, des personnes qui veulent se former comme éducateurs, mais aussi des compétences en communication, en administration et en finance. Un club de 500 licenciés, cela demande une vraie structure autour.

Frédéric Ollagnon : Pour un partenaire, soutenir le FC Saint-Étienne, c’est poser un acte sociétal. Une entreprise n’est pas qu’une entreprise : elle a un environnement et elle doit y contribuer. Je suis moi-même partenaire du club via ma propre société.

Christian Fages : Pour les parents, l’école de foot, c’est l’école de la vie. C’est éducatif, c’est épanouissant, et c’est ouvert à tout le monde : il n’y a pas de filtre, pas de discrimination. Pour un joueur senior, c’est un club ambitieux, structuré, encadré par des éducateurs formés.

Frédéric Ollagnon : Notre horizon, c’est 2030, et nos objectifs sont atteignables : maintenir la labellisation de l’école de foot, créer une section sport-études, voir nos équipes évoluer au niveau régional. Mais surtout, poursuivre la structuration du club. C’est elle qui permet d’avancer. Peut-être avec un autre président. Je serai président d’honneur. Il faut savoir passer la main.

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