Une naissance lycéenne (1965)
Tout commence par un défi lancé entre copains. En classe de Première A’ au lycée Claude-Fauriel, quatre jeunes passionnés de football se mettent au défi — « chiche ! » — de créer leur propre club. Ces quatre étudiants sont passés à la postérité sous le surnom des « Mousquetaires » : Marc Espalieu, Daniel Audenis, Pierre Bouteille et Michel Fropier.
Comme chez Dumas, les Mousquetaires sont en réalité cinq. Leur camarade Robert Buvat, qui ne souhaitait pas redoubler sa Première, n’a pas pu suivre l’aventure officiellement, tout en restant un soutien de la première heure.
Le projet prend corps le vendredi 1er octobre 1965. Les Mousquetaires délaissent peu à peu le français, les sciences et les maths pour composer leurs équipes pendant les heures de cours. Le samedi 16 octobre 1965, ils présentent leur projet à Henri Tavoillot, leur professeur de français, qui leur donne son feu vert.
Reste un obstacle de taille : les Mousquetaires sont mineurs et ne peuvent pas signer les statuts eux-mêmes. Il leur faut, selon les mots de Michel Fropier, « une poignée solide pour asseoir notre projet ». Le 21 octobre 1965, Gérard Fropier, le père de Michel, accepte cette responsabilité et devient le premier président du club.
Le club voit le jour sous le nom de Groupe Lycée Culture et Loisirs (GLCL).

À la recherche d’un terrain
Avoir un club, c’est une chose. Trouver un terrain, c’en est une autre. Le 10 novembre 1965, les Mousquetaires franchissent pour la première fois le seuil de la Mairie pour solliciter un terrain. Ils en ressortent bredouilles : rien de disponible.
Coup de théâtre le 19 novembre : grâce à l’amabilité de Monsieur Puillet, le club obtient enfin un terrain pour le dimanche suivant. Ce 21 novembre 1965 restera gravé dans l’histoire du club : c’est le tout premier match de football du GLCL.
Quelques jours plus tard, le 26 novembre 1965, les Mousquetaires achètent les premiers équipements du club : maillots bleus, bas bleus, shorts blancs. Le GLCL Football est officiellement lancé. Suivront des matchs amicaux contre Saint-Louis, Sainte-Barbe ou encore Valbenoîte.
L’aventure prend de l’ampleur
Au terme de cette première saison de découverte, les Mousquetaires passent le relais à Gérard Fropier, qui s’investit pleinement dans le développement du club. Une véritable équipe se forme autour de lui. Quelques années plus tard, lors de l’Assemblée Générale du 25 mai 1968, Michel Fropier, son fils et l’un des fondateurs, évoquera avec émotion « une équipe structurée, une merveilleuse équipe de copains ».
« Comprenez alors que je vous dise merci, au nom des Mousquetaires : merci à vous joueurs qui êtes les héros de notre rêve, merci à vous dirigeants qui avez réussi à construire un édifice solide… »
— Michel Fropier, Assemblée Générale du 25 mai 1968
La saison 1966-1967 marque un nouveau cap avec les premières équipes officielles, en catégories minime et cadet. En 1967, le GLCL devient officiellement le Football Club de Saint-Étienne et délaisse progressivement le bleu d’origine, jugé trop répandu, pour bâtir sa propre identité.
Les pionnières du football féminin
Dès la fin des années 1960, sous l’impulsion de Gérard Fropier, le FC Saint-Étienne crée l’une des toutes premières sections féminines de football de la Loire. Une initiative audacieuse, à une époque où le football féminin reste très marginal en France.
Une simple annonce dans la presse locale suffit à provoquer un raz-de-marée : plus de cent candidates se présentent. Le club monte alors deux équipes, dont l’une accède au Championnat de France, qui constitue à l’époque le plus haut niveau du football féminin.
Sous la houlette de son entraîneur Ivan Gayton la section vit ses heures de gloire. Le FC Saint-Étienne se maintient plusieurs années consécutives en Championnat de France sans jamais descendre, affrontant des clubs comme l’AS Cannes, Toulon, le FC Lyon (futur Olympique Lyonnais féminin), Caluire ou encore le FC Pucignan. Les rencontres à domicile se jouaient à Champdieu, près de Montbrison, le stade stéphanois n’étant pas homologué pour le championnat national.
L’équipe se construit autour de figures fortes : Cosette Mercan, fille d’un ancien joueur professionnel, considérée comme l’une des meilleures joueuses du club ; Andrée Bafizi, dite « Pépette », joueuse puissante et rapide ; ou encore Fabienne Chanut, attaquante au talent rare, capable de lober les gardiennes avec une précision qui devenait sa marque de fabrique. Une joueuse du FC Saint-Étienne, Marie André Samuel, sera même présélectionnée en équipe de France.
Le club gravit les échelons : la montée en Championnat de France se conclut par un match décisif remporté 3-0 contre le FC Lyon. Au plus haut de son histoire, l’équipe termine quatrième du Championnat de France.
Côté équipement, les joueuses portaient un maillot rouge, short rouge et bas rouges — une tenue inspirée par les chaussettes Kindy, sponsor du Championnat de France à l’époque. Le short rouge avait été choisi en remplacement du short blanc d’origine, plus pratique sur les terrains en terre rouge.
La section a, à elle seule, remporté six Coupes de la Loire, un palmarès qui témoigne de sa domination sur le football féminin départemental.
À côté de la section du FC Saint-Étienne existait un autre club féminin stéphanois, le Racing Club Saint-Étienne, sans lien direct avec le FC. Ce club, lui, deviendra plus tard la section féminine de l’AS Saint-Étienne, lorsque la fédération imposera aux clubs professionnels masculins d’avoir une équipe féminine.
L’âge d’or
Durant ses premières décennies, le FC Saint-Étienne s’impose comme l’un des clubs phares du département. Toutes ses équipes jeunes évoluent au plus haut niveau de la Loire, dans la catégorie « Élite », et le club est même élu meilleur club de la Loire à une époque où la concurrence n’avait rien d’anodin.
Une traversée du désert (années 1990)
Comme beaucoup de clubs amateurs, le FC Saint-Étienne traverse une période difficile à la fin des années 1990. Les évolutions sociétales et les transformations du football amateur prennent le club à contre-pied. Les jeunes arrivent avec d’autres attentes, mais la structure reste trop attachée à un fonctionnement de patronage.
Les effectifs s’effondrent. Le club, qui avait compté jusqu’à 400 licenciés, tombe à 147 inscrits — son plus bas niveau historique. Les équipes jeunes dégringolent les unes après les autres. La survie même du club est en jeu.
Le renouveau (à partir des années 2000-2010)
De nouvelles forces vives s’engagent alors pour redonner souffle au club. Christian Liborio, alors président, et une équipe dirigeante renouvelée entreprennent un travail de fond : formation des éducateurs, professionnalisation de l’encadrement, reconquête de l’image.
Vers 2010, Christian Liborio passe le relais à Frédéric Ollagnon, élu président par le conseil d’administration. Il occupe toujours cette fonction aujourd’hui.
Sous l’impulsion de la nouvelle équipe, le club se transforme en profondeur : embauche du premier éducateur sportif diplômé, contrats aidés permettant d’avoir jusqu’à trois salariés à plein temps, et refonte complète de l’identité visuelle avec un nouveau logo signé par un designer licencié au club. Une anecdote résume bien l’esprit de cette époque : pour équiper l’ensemble des licenciés à moindre coût, Frédéric Ollagnon se rend personnellement en Chine et négocie l’achat de tenues acheminées
par container. Le club habille ainsi tous ses joueurs et joueuses au prix où d’autres équipaient une seule équipe. Aujourd’hui, le partenariat se fait avec Adidas.
Dans les années 2000, le club décroche une reconnaissance importante : il devient le premier club labellisé de la Loire par la Fédération Française de Football.
La renaissance du football féminin
Une dizaine d’années après son arrivée à la présidence, l’équipe dirigeante remet sur pied une section féminine, renouant ainsi avec un chapitre essentiel de l’histoire du club. La nouvelle section connaît rapidement le succès : elle remporte la Coupe de la Loire et atteint la finale de la Coupe d’Auvergne-Rhône-Alpes, après avoir éliminé en chemin la réserve de l’Olympique Lyonnais.
Un club en constante évolution
Depuis le début des années 2010, la progression ne s’est jamais démentie. De 147 licenciés au plus bas, le FC Saint-Étienne a franchi la barre symbolique des 500 licenciés et aligne aujourd’hui 35 équipes dans les divers championnats du district.
Le club a marqué ses grandes étapes par des événements mémorables :
- Les 25 ans du club ont été célébrés par plusieurs matchs s’enchaînant sur 25 heures consécutives, jour et nuit. Les anciens licenciés avaient été retrouvés pour rejouer ensemble par catégories d’âge, et les équipes se relayaient pour couvrir l’intégralité des 25 heures.
- Les 50 ans du club ont donné lieu à une grande fête rassemblant les anciens autour de jeux et d’animations.
- Les 60 ans approchent et marqueront un nouveau jalon dans l’histoire du FC Saint-Étienne.
Au-delà du football traditionnel
Fidèle à l’esprit d’ouverture qui l’anime depuis ses origines, le FC Saint-Étienne a élargi sa pratique bien au-delà du football masculin classique. Au-delà de la section féminine renaissante, le club a créé une section foot en marchant, une section jeunes pousses pour les tout-petits, et prépare désormais l’ouverture d’une section foot adapté.
Aujourd’hui, deuxième club de l’agglomération stéphanoise, le FC Saint-Étienne revendique fièrement son slogan : « l’autre club ». Un slogan qui résume soixante ans d’histoire, de hauts et de bas, de renaissances et d’ambitions — celle, toujours, d’exister pleinement aux côtés des autres clubs stéphanois, avec ses valeurs et sa singularité.
Le FC Saint-Étienne remercie chaleureusement Ivan Gayton pour les précieux compléments d’information apportés sur la section féminine historique du club, qu’il a entraînée pendant quelques saisons.
